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"Fascislamism" contra "Shoah Business". Un text interesant de Diana Johnstone (in franceza si in engleza)


Bogdan Ghiu

Duminică, 18/11/2007 - 11:41
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« Fascislamisme » contre « Shoah Business » - Le prophète de merde dans un chemisier de soie Bernard-Henri Lévy dégoise sur une gauche française zombifiée

Par Diana Johnstone *
in CounterPunch, 1er novembre 2007
http://counterpunch.org/johnstone11012007.html

Text accesibil via Claude Karnoouh

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

L’ouvrage politique le plus controversé, en France, cet automne, « Ce grand cadavre à la renverse », de Bernard-Henri Lévy (Grasset, Paris, 2007), est supposé être consacré à la gauche française. Mais, très étonnamment, il ne traite pas réellement de la gauche, et il ne s’agit pas vraiment non plus d’un livre politique…

Bernard-Henri Lévy est – de très loin – le plus notoire d’une petite coterie de propagandistes qui, voici une trentaine d’années, sous le label de « nouveaux philosophes » (on ne rit pas !), entreprirent une campagne hautement publicisée visant à renverser les sentiments anti-impérialistes qui étaient devenus dominants dans le monde entier, en réaction contre la guerre états-unienne au Vietnam.

Cette guerre était terminée, et la gauche française était affaiblie par la fragmentation sectaire et l’effondrement d’attentes « révolutionnaires » irréalistes. Les Khmers Rouges, qui avaient pris le pouvoir au Cambodge au lendemain de bombardements américains et d’un coup d’état fomenté par les Etats-Unis, perpétrèrent dans ce pays le bain de sang qui avait été à tort prophétisé pour le Vietnam, dès le dernier Américain parti. Au moyen d’une « découverte » hautement publicisée et dégoulinante d’émotivité du goulag soviétique, plus de vingt ans après la mort de Staline, et en se focalisation sur les aberrations criminelles des Khmers Rouges, ces « nouveaux philosophes » entreprirent de stigmatiser toutes les aspirations de gauche à un changement social radical en les présentant comme intrinsèquement totalitaires. Contre la « menace totalitaire » pérenne, les Etats-Unis furent réinstallés sur le piédestal d’indispensables sauveurs de la démocratie et de défenseurs des droits de l’Homme !

Difficile, de prendre toute la mesure de l’impact effectif de cette campagne. Elle s’inscrit dans un effort post-nixonien visant à réhabiliter l’impérialisme américain sous la bannière des droits de l’Homme. Ces philosophes en herbe n’ont assurément jamais été pris au sérieux par les philosophes académiques, mais ils ont acquis une réputation instantanée grâce à l’empressement de médias pro-américains (à commencer par le Nouvel Observateur, soi-disant de gauche) pour saturer le public avec leur version « nouvelle » et « philosophique » de la propagande de Guerre Froide.

Peu importe. Trente ans plus tard, et peu importe la raison, leur mission s’avère soudain accomplie. Bien qu’il ne soit pas philosophe, Nicolas Sarkozy incarne la « nouvelle » Europe, telle que rêvée par Rumsfeld au début de la conquête de l’Irak : une Europe prête à suivre aveuglement les Etats-Unis dans leurs croisades guerrières.

André Glucksmann, le plus hystérique de tout le clan, n’a pas tardé à soutenir Sarkozy avant les élections, suffisamment précocement pour que cela lui ait valu la dignité de philosophe de la Cour. Bernard Kouchner, le plus mondain et le plus ambitieux des combattants de l’humanitaire, a attendu que Sarkozy ait été élu avant de rentrer dans son gouvernement, au poste de ministre des Affaires étrangères.

Plus madré que les autres, BHL a refusé de se perdre dans la mêlée victorieuse. Durant la campagne, il s’auto-nomma conseiller idéologique de la candidate du parti socialiste, Ségolène Royal. Après sa veste, il préféra traîner sur le champ de bataille, afin de s’emparer de l’étendard perdu par la perdante : la gauche. Soit, pour faire écho au titre de son nouveau bouquin, afin d’en récupérer le corps sans vie. Ce livre prétend donner des leçons à une gauche ressuscitée. BHL aspire à insuffler ses mots et ses grandes pensées dans le cadavre, le transformant en une sorte de zombie, afin de faire peur à Ségolène Royal, qu’il veut éloigner de gens comme Jean-Pierre Chevènement, Noam Chomsky, Michael Moore, Rony Brauman, Alain Badiou, Régis Debray, Harold Pinter et tous les autres pourvoyeurs, innombrables, de mauvaises pensées, que BHL dénonce et accuse de conduire la gauche dans un « totalitarisme » d’un genre nouveau [voir la note, à la fin de ce texte].

Et ce nouveau totalitarisme, quel est-il, mhhh ? Eh bien, mais : l’ « anti-américanisme », voyons ! Et qu’est-ce que l’ « anti-américanisme », au juste ? D’après BHL, « l’anti-américanisme est une métaphore de l’antisémitisme » (page 265). Nous voici fixés !

Bien entendu, cet « antisémitisme » est une accusation qui est supposée faire s’évanouir l’opposant récalcitrant dans un petit nuage de fumée, comme les Sorcières de Salem étaient supposé le faire, mais la magie fonctionne-t-elle encore bien ? BHL redoute que sa puissance ne soit quelque peu sur le déclin.

Le monde selon BHL, en V.O.

Bien que son étiquette de « philosophe » soit quelque peu surfaite, l’écrivain BHL a bien, comme n’importe qui d’ailleurs, une philosophie perso. Cela commence avec son opinion selon laquelle les idées façonnent le monde – pour le pire comme pour le meilleur. Surtout pour le pire, semble-t-il. Les idées peuvent surgir virtuellement de rien du tout, d’où la nécessité d’exercer une vigilance de tous les instants. Ce qu’il appelle sa loyauté « de gôche » n’a strictement rien à voir avec les relations socio-économique, ni encore moins avec l’opposition à la guerre. Non, il s’agit, bien plutôt, de l’obsession de dénoncer des crimes : l’affaire Dreyfus, Vichy, divers génocides avérés ou allégués. Cela est fondé, comme il le fait observer en détail, sur sa propre galerie personnelle « d’images, d’événements et de réflexes ». Jamais, comme vous l’aurez sans doute remarqué, « d’analyses ». Il procède, tel une sorte d’Isaïe criant dans le désert, qui n’a nul besoin des outils modernes de recherche et d’analyse, ces billevesées…

Dans ce monde idéel, les faits purs et simples sont secondaires, sinon totalement incongrus. BHL joue avec eux, verbalement, comme il joue avec ses propres idées ô combien malléables. Les faits doivent être malaxés jusqu’à ce qu’ils correspondent à l’idée, et jamais l’inverse. Les Etats-Unis sont un empire ? Le concept d’empire peut s’appliquer à la Chine, à la Russie, aux Turcs, aux Arabes, aux Aztèques, aux Perses, aux Incas, dit-il, mais il est totalement inapplicable à « une Amérique dont la tentation majeure est depuis toujours l’isolationnisme et qui, contrairement aux plus importantes nations de la vieille Europe, n’a jamais colonisé qui que ce fût ». Cette affirmation époustouflante, que l’on trouvera à la page 281, situe clairement BHL au-dessus, et au-delà de la pure réalité. Son livre n’a rien à voir non plus avec la politique, contrairement à ce que les gens croient généralement. Non, il s’agit bien, plutôt, de l’expression, comme il le signifie aussi clairement qu’en tous les domaines, d’une sorte de religion juive, mais light – allégée de la croyance en Dieu…

Cela peut paraître étrange, pour une célébrité très riche, appartenant à la jet-set, menant une vie de luxe, mais le rôle principal dans lequel se complaît BHL, c’est celui du prophète juif de l’Ancien Testament, qui dénonce de mauvaises idées qui conduiraient immanquablement le peuple à sa perte. Il le dit très explicitement vers la fin de son dernier bouquin (comme il le faisait déjà dans un de ses premiers, déjà : Le Testament de Dieu). De fait, si on commence son livre par la fin, on constate que le sujet, en réalité, n’est nullement le parti socialiste, ni la gauche, mais une exhortation prophétique à une sorte de guerre de religion, sans nul Dieu à l’horizon.

Dans certains passages particulièrement lyriques concernant la généalogie judéo-chrétienne des concepts de démocratie et de droits de l’homme, BHL écrit qu’ « on peut » les trouver trop grecs, trop romains, ou trop chrétiens (« pauliniens », écrit-il). « On peut donc, à l’instar de Levinas, faire que ces voix juives soient à nouveau écoutées, cette inspiration prophétique, qui fut étouffée dans l’œuf par le paulinisme gréco-romain ».

Il est fait référence, ici, au philosophe lituano-franco-israélien Emmanuel Levinas, dont les contorsions métaphysiques autour de la culpabilité et de l’innocence ont amené BHL et Alain Finkielkraut à voir en lui leur propre prophète contemporain. Avec l’influent secrétaire de Jean-Paul Sartre (sur la fin de sa vie), Benny Lévy (aujourd’hui disparu), qui avait abandonné la direction du mouvement de la « Gauche Prolétarienne » pour retourner au judaïsme traditionnaliste, BHL et Finkielkraut ont fondé l’Institut d’Etudes Levinassiennes [authentique ! ndt], sis à la fois à Jérusalem et à Paris, en 2000, lequel « institut » est voué (pour reprendre mot pour mot les propos de Benny Lévy) à combattre « la vision politique du monde ». Leur référence inépuisable et unique, c’est le Talmud.

Le style prophétique plane très haut au-dessus des faits et des analyses, pour se consacrer aux lamentations et aux admonestations. Il projette une atmosphère d’urgence morale, qui n’a pas de temps à perdre à des analyses claires, rationnelles et fondées sur un respect rigoureux des faits et une attention honnête à des jugements fussent-ils inopportuns.

Le rejet de toute analyse est plus qu’un simple tour de passe-passe rhétorique : ce rejet est véritablement au centre de la vision du monde que BHL fait sienne. Il n’est que l’un des épigones les plus sophistiqués du rejet juif conservateur, très largement répandu de nos jours, de toute tentative visant à expliciter les événements historiques par des causes matérielles ou politiques. Ce rejet de l’analyse est absolument central dans l’attitude religieuse vis-à-vis de l’Holocauste, ou Shoah (c’est-à-dire, du massacre des juifs par les nazis, conceptualisé en termes religieux). Pour les adeptes de cette religion contemporaine, il est mal de rechercher des explications matérielles à des événements qui doivent rester « incompréhensibles » de par leur magnitude. La simple tentative d’expliquer l’ascension [politique] d’Hitler au moyens de facteurs tels que le choc subi par l’Allemagne en raison de son humiliante défaite, en 1918, de la perte de territoires, d’une inflation catastrophique, et de la grande dépression, est rejetée, au motif qu’elle reviendrait à « trouver des excuses ». Toute explication, autre qu’une haine éternelle et récurrente des juifs risque même de se voir dénoncée comme « antisémitisme » !

Ce refus d’analyser les faits matériels générant les phénomènes idéologiques s’étend aux événements circonstants. Expliquant la chute récente d’enthousiasme pour l’Union européenne, BHL ne mentionne nullement cette réalité de plus en plus évidente : l’Union européenne est utilisée afin d’imposer une politique économique impopulaire, avec notamment une privatisation à marche forcée des services publics, par-dessus les têtes des électorats nationaux des pays membres. Non, la principale raison qu’il entrevoit, de ce déclin de l’idéal européen, c’est « le vide laissé par six millions de juifs assassinés » ! (page 232).

« La crise de l’Europe, son malaise, et même son échec, sont, de ce point de vue, des mots trop faibles pour exprimer le cri du cœur d’une Europe mort-née, ou née avec une partie d’elle-même morte, et qui ne sait plus comment vivre, par conséquent, autre chose que la vie des spectres. »

Cette vision « antipolitique » des événements historiques et comparable à celle des rebouteux, ces sorciers d’avant le développement de la médecine moderne. La principale marotte de nos « lévinassiens » [excusez l’euphonie avec « vinasse »…, ndt], c’est manifestement l’antisémitisme, exactement de la même manière que la Peste Noire était celle des Européens du Quatorzième siècle. De fait, ils en sont obsédés, et ils sont obsédés de la probabilité de sa résurgence. Mais leur approche religieuse – en dépit du fait qu’ils ont reconnu ouvertement leur athéisme (page 405) – les empêche d’en analyser les causes d’une manière susceptible de contribuer à en éviter d’éventuelles récurrences.

Guerre de religion

Dans son chapitre consacré au devenir « progressiste » de l’antisémitisme, BHL voit dans celui-ci une sorte de démon qui se tapirait, traversant les époques historiques et adoptant divers accoutrements. C’est un « interminable cri de haine » qui poursuit, à travers les époques, « le Peuple du Verbe ». Se demander « pourquoi » ? Hors de question ! On a seulement le droit de se demander « De quelle façon » ?

A cette deuxième question, BHL daigne répondre. L’antisémitisme fera sa prochaine réapparition inexorable du fait de la gauche. Sur ce sujet, qui l’intéresse manifestement au plus haut point, il fait d’ailleurs quelques observations qui ne sont pas fausses. Il reconnaît, implicitement, une réalité que beaucoup d’autres commentateurs ignorent, à savoir que l’Holocauste est la seule religion réellement agissante, en Europe, aujourd’hui. Ou, comme il le dit, la « religion de l’époque » est « plus que jamais fondée sur ces trois indestructibles piliers que sont le culte de la victime, l’entichement de la mémoire et la réprobation des méchants (antifascisme triomphant, culte des victimes, devoir de mémoire) ». Ceci étant, il observe, alarmé, qu’une certaine compétition dans la victimitude est en train d’alimenter un ressentiment envers les juifs accusés d’avoir « monopolisé » pour eux-mêmes la « compassion humaine », et le « capital victimaire », le « Shoah business ». « Que reste-t-il pour le génocide des Indiens d’Amérique ? », m’a demandé, un jour, le chef indien antisémite Russel Means », écrit-il. Et là, BHL fait même mention – pour une fois – des Palestiniens, dont le principal ami serait, disent certains », « ces hauts-cris à propos des souffrances du peuple juif qui étouffe leur voix. » (pp. 316-318).

La réponse de BHL à ce sujet consiste tout simplement à répéter que la Shoah est un événement absolument unique dans l’Histoire, ajoutant que les musulmans étaient du côté d’Hitler, et qu’ils en sauraient, partant, être considérés comme d’innocentes victimes du sionisme, et que ce genre de récrimination n’est qu’une manifestation du néo-antisémitisme. C’est cohérent avec la position selon laquelle il ne saurait y avoir d’autre explication à l’antisémitisme que la nature essentialiste éternelle de l’antisémitisme lui-même. Par-dessus tout, il ne saurait y avoir, à l’antisémitisme, de causes dans lesquelles les juifs eux-mêmes – ni, dans le cas d’espèce, l’Etat d’Israël – pourraient éventuellement avoir une quelconque responsabilité, aussi minime soit-elle.

En lieu et place d’analyser, BHL prophétise. Il considère que la menace de la prochaine flambée d’antisémitisme réside dans l’union entre « le négationnisme, l’antisionisme et la compétition victimaire ». Alors, que faire ? Des exhortations, toujours et encore, et un nouvel ennemi « fasciste » à combattre [après l’avoir inventé… ndt] : l’ « islamo-fascisme », ou, comme il préfère le qualifier, le « fascislamisme ».

Des exhortations adressées à une gauche zombifiée

Les exhortations de BHL s’adressent à la gauche zombifiée, qu’il espère inspirer par ses prophéties.

Exhortation 1 : cesser de parler d’Israël et de la Palestine ! Ou, plus précisément : « limiter les références obsessionnelles à Israël ». Traduction : « Parlez plutôt du Darfour, ou de la Tchétchénie ! Mais tout ce bla-bla-bla sur les Palestiniens… Non : c’est là, en réalité, une forme d’antisémitisme ! »

Exhortation 2 : Substituer la laïcité (le sécularisme à la française) à la tolérance. Traduction : « Tolérance zéro pour le « fascislamisme », qu’il repère y compris dans les positions relativement modérées d’un Tariq Ramadan, par exemple, pour ne pas parler des femmes voilés et des musulmans qui protestent contre des dessins caricaturant le Prophète Mahomet en terroriste.

Exhortation 3 : identifier, dans l’islamisme, un avatar du fascisme.

Ce zombie programmé, c’est, en réalité, tout ce que BHL a à offrir, que ce soit à la gauche, ou aux juifs.

Mais qu’est-ce que cela pourrait bien finir par donner ?

Le silence des critiques sur la nature judéo-centrique flagrante de l’ouvrage de BHL suggère qu’une certaine intimidation est à l’œuvre. Mais le fait de faire de tout ce qui a trait, de près ou de loin aux juifs une religion croulant sous les tabous est-il véritablement « bon pour les juifs » ? BHL lui-même, en mentionnant la « compétition victimaire », exprime certains doutes. Et pourtant, il persiste et signe…

Manifestement, il serait préférable, pour la gauche, pour les juifs, bref : pour tout le monde, de dépasser ces inhibitions religieuses et de regarder carrément en face la réalité du monde, y compris celle d’Israël, de l’Irak – invisible, dans le bouquin de BHL –, de la Palestine, de l’Iran et – mais oui – des Etats-Unis et de leur complexe militaro-industriel incontrôlé, qui trouve des prétextes pour recourir à la force armée dans l’hystérie néoconservatrice au sujet d’on ne sait trop quel « islamofascisme ». L’approche prophétique adoptée par Bernard-Henry Lévy est, précisément, d’une irrationalité émotionnelle qui n’est pas sans évoquer l’antisémitisme, diverses variétés de délire religieux, voire même le « fascisme ».

Il s’agit-là d’une querelle idéologique dépourvue de tout lien quel qu’il soit avec une quelconque des notions rationnelles du progressisme politique.

Codicille

Jean-Pierre Chevènement a démissionné de sa fonction de ministre de la Défense de la France, en 1991, afin de protester contre la décision, prise par le président Mitterrand, d’engager la France dans la première agression américaine contre l’Irak ; il s’est présenté en tant que candidat indépendant aux élections présidentielles de 2002, puis il a soutenu la candidature de Ségolène Royale lors des élections présidentielles de 2007, en tant que conseiller. Né à Jérusalem, Rony Brauman a été président de Médecins Sans Frontières, de 1982 à 1994 ; il est devenu un détracteur acerbe d’Israël et de la ligne Kouchner-BHL en matière d’ « intervention humanitaire » par des moyens militaires. Le philosophe Alain Badiou et l’écrivain Régis Debray figurent parmi les nombreux intellectuels français vilipendés par BHL en raison de leurs visions en matière de politique internationale [qui ont le don de l’ulcérer].

[* Diana Johnstone set l’auteur de l’ouvrage Fools' Crusade: Yugoslavia, NATO and Western Delusions, [La Croisade des Fous : la Yougoslavie, l’Otan et les désillusions occidentales], éd. Monthly Review Press. On peut la joindre à son adresse mél : [email protected] ]

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"Fascislamism" Versus "Shoah Business"
Silk-Shirt Prophet Bernard-Henri Lévy Rails at Zombie French Left
By DIANA JOHNSTONE, November 1, 2007
http://counterpunch.org/johnstone11012007.html

The most discussed political book in France this autumn is Ce grand cadavre à la renverse, literally, "this big corpse lying on its back"), by Bernard-Henri Lévy (Grasset, Paris, 2007). It is supposed to be a book about the French left. But oddly enough, it is not really about the left, and it is not even really a political book.

Bernard-Henri Lévy is by far the most notorious of the small coterie of propagandists who, some thirty years ago, under the label of "New Philosophers", began a highly publicized campaign to reverse the anti-imperialist sentiment that had become dominant worldwide in reaction to the U.S. war in Vietnam.

The war was over, and the French left was weakened by sectarian fragmentation and the collapse of unrealistic "revolutionary" expectations. The Khmer Rouge, who took power in Cambodia in the wake of US bombing and a US-backed coup d'état, engaged in the sort of bloodbath that had been wrongly forecast to happen in Vietnam if the United States left. By a highly publicized and emotion-laden "discovery" of the Soviet gulag over twenty years after the death of Stalin, and by focusing on the murderous aberrations of the Khmer Rouge, the New Philosophers undertook to stigmatize all left aspirations toward radical social change as inevitably totalitarian. Against the ever-present "totalitarian threat", the United States was restored as the necessary savior of democracy and defender of human rights.
It is hard to measure the real impact of this campaign. It fit into a general post-Nixon effort to rehab U.S. imperialism under the banner of human rights. They were certainly never taken seriously by academic philosophers, but won instant fame thanks to the eagerness of pro-U.S. media (starting with the supposedly left-leaning Nouvel Observateur) to saturate the public with their "new" and "philosophical" version of Cold War propaganda.

Nevertheless, thirty years later, for whatever reason, their mission suddenly appears to be accomplished. Although no philosopher, Nicolas Sarkozy embodies the "new" Europe as dreamed by Rumsfeld at the start of the conquest of Iraq--a Europe ready to follow the United States blindly into its wars.

André Glucksmann, the most hysterical of the clan, lost no time in endorsing Sarkozy prior to the election, early on gaining the status of royal philosopher. Bernard Kouchner, the most worldly and ambitious of the humanitarian warriors, waited until Sarkozy was elected to join him as Foreign Minister.

More adroit than the others, BHL refused to get lost in the victorious crowd. During the campaign, he gave himself the assignment of ideological advisor to Socialist Party candidate Ségolène Royal. After she lost, he preferred to linger on the political battlefield to make a grab for the fallen standard of the loser: the left. Or, to echo the title of his new book, to retrieve its dead body. The book pretends to give lessons to a revived left. BHL aspires to breath his words and ideas into the corpse, turning it into a sort of zombie to frighten Ségolène Royal away from the likes of Jean-Pierre Chevènement, Noam Chomsky, Michael Moore, Rony Brauman, Alain Badiou, Régis Debray, Harold Pinter and all the many other purveyors of bad thoughts denounced by BHL as leading the left into a new "totalitarianism" [see endnote].

And what is this new totalitarianism? Why, "anti-Americanism" of course. And what is "anti-Americanism" exactly? According to BHL, "anti-Americanism is a metaphor for anti-Semitism" (p.265). Now we know.
And of course, "anti-Semitism" is the accusation that is supposed to make the opponent wither into a puff of smoke like the Wicked Witch of the West Supposed to, but does the magic still work? BHL is worried that its potency may be weakening.

The World According to BHL
Although the label "philosopher" is overblown, the writer BHL does have, like anyone else, a personal philosophy. It starts with his view that ideas shape the world--for better or for worse. Mostly for the worse, it seems. Ideas can spring up virtually out of nothing, hence the need for constant vigilance. What he calls his "left" loyalty has nothing to do with socio-economic relations, much less with opposition to war. Rather, it is a matter of denunciation of crimes: the Dreyfus case, Vichy, various real or alleged "genocides" It is based, as he points out in detail, on his own personal gallery of "images, events and reflexes". Never analysis. He proceeds as a sort of Isaiah crying out in the wilderness, who has no need for modern tools of research and analysis.
In this world of ideas, mere facts are secondary, if not irrelevant. BHL plays with them verbally as he plays with his malleable ideas. The facts must be made to fit the idea, not the other way around. Is the United States an empire? The concept empire may apply to China, Russia, the Turks, the Arabs, the Aztecs, the Persians and the Incas, he says, but it is inapplicable to "an America whose greatest tendency has always been isolationism and which, contrary to the major nations of old Europe, has never colonized anyone". This astounding statement, to be found on page 281, clearly situates BHL above and beyond mere reality. His book has nothing to do with politics either, as generally understood. Rather it is the expression, as he states as clearly as he states anything, of a sort of Judaic religion without belief in God.
It may seem strange for a rich,jet-set celebrity who lives a life of luxury, but BHL's role model is the Old Testament Jewish prophet, denouncing bad ideas that will lead the people to ruin. This is made explicit toward the end of his latest book (as in his much earlier book, Le Testament de Dieu). Indeed, if one starts at the end of the book instead of the beginning, one can see that the subject is really not the Socialist Party or the left, but a prophetic exhortation toward a sort of religious war, without any god.

In lyric passages concerning the Judeo-Christian genealogy of the ideas of democracy and human rights, BHL writes that "one may" find them too Greek, or too Roman, or too Christian ("Pauline")."One may then, like Levinas, wish to make heard again those Jewish voices, that prophetic inspiration, which was smothered by Greco-Roman-Paulinism"d.
The reference here is to the late Lithuanian-French-Israeli philosopher Emmanuel Levinas, whose metaphysical contortions over guilt and innocence have caused BHL and Alain Finkielkraut to recognize him as their own contemporary prophet. Together with Jean-Paul Sartre's influential secretary in his last days, Benny Lévy, who abandoned leadership of the "Gauche Prolétarienne" to return to traditional Judaism, BHL and Finkielkraut founded the Institute of Levinassian Studies in Jerusalem and Paris in 2000, dedicated (in the words of Benny Lévy) to combating the "political vision of the world". The Talmud is their inexhaustible reference.

The prophetic style flies over facts and analysis to lament and admonish. It projects a mood of moral emergency that has no time to bother with clear, reasoned analysis based on scrupulous respect for facts and honest attention to unwelcome judgments.

The rejection of analysis is more than a rhetorical trick, it is at the very heart of the BHL world view. He is only one of the most sophisticated proponents of the present-day widespread conservative Jewish rejection of any attempt to explain historical events by material or political causes. This rejection of analysis is central to the religious attitude toward the Holocaust, or Shoah (that is, the Nazi massacre of the Jews understood in religious terms). For the defenders of this contemporary religion, it is wrong to seek material explanations for events that must remain "incomprehensible" in their magnitude. The mere attempt to explain the rise of Hitler by such factors as the shock of Germany's humiliating defeat in 1918, the loss of territories, ruinous inflation, and the great depression, is rejected as "making excuses". Any explanation other than eternal and recurrent hatred of the Jews may even be denounced as anti-Semitism.

This refusal to analyze material factors producing ideological phenomena extends to surrounding events. In explaining the recent loss of enthusiasm for the European Union, BHL makes no mention of the increasingly obvious reality that the EU is being used to impose an unpopular economic policy, notably forced privatization of public services, over the heads of national electorates. No, the main reason he sees for the decline of the European ideal is the "empty place left by six million assassinated Jews" (page 232).

"The crisis of Europe, its malaise, even its failure, are, in this perspective, words much too weak to express the heartfelt cry of a still-born Europe, or born when a part of her was dead, and which no longer knows how to live, on this account, other than the life of specters."
This "anti-political vision" of historical events is comparable to that of witch doctors prior to the development of modern medicine. The main concern of these Levinassians is clearly anti-Semitism, just as the Black Death was the concern of Europeans in the 14th century. Indeed, they are obsessed with it and with the probability of its resurgence. But their religious approach--even after openly acknowledging atheism (page 405)--prevents them from analyzing causes in a way that might help to prevent future recurrences.

War of Religion
In his chapter devoted to the "progressive" future of anti-Semitism, BHL treats the latter as a sort of demon that prowls through history taking different disguises. It is a "long cry of hatred" that pursues through the ages "the People of the Word". It is not possible to ask "why?" One must only ask "how?"

To that question, BHL has the answer. Anti-Semitism will make its next inevitable appearance by way of the left. On this subject, which interests him most keenly, he actually makes some observations that are not false. He implicitly recognizes one reality that many other commentators ignore, that is, that the Holocaust is the real functioning religion in Europe today. Or, as he puts it, the "religion of the epoch" is "ever more clearly founded on those three solid pillars which are the cult of the victim, the taste for memory and reprobation of the wicked (triumphant antifascism, love for victims and the duty of memory)." This being the case, he observes with alarm that a certain competition for victimhood is feeding resentment toward Jews for having "hoarded" for themselves, "human compassion" and "victim capital" "Shoah business." "What is left for the genocide of the American Indians? I was asked one day by the anti-Semitic Indian leader Russell Means", he writes. At this point, BHL even makes a rare mention of the Palestinians, whose main enemy is said by some to be "this uproar over the suffering of the Jewish people which drowns out their voices" (pp 316-318).

BHL's response is simply to reiterate that the Shoah is indeed unique in history, adding that the Muslims were on the side of Hitler and thus not innocent victims of Zionism, and that such complaints are manifestations of the new anti-Semitism. This is consistent with the position that there can be no explanations for anti-Semitism other than the eternal nature of anti-Semitism itself. Above all, there can be no causes for which Jews themselves, in this case the State of Israel, might be in some way responsible.

Instead of analyzing, BHL prophesies. He sees the threat of the next wave of anti-Semitism in the union of "negationism, anti-Zionism and victim competition". And what is to be done about it? More exhortations, and a new "fascist" enemy to combat: "Islamofascism" or, as he prefers to call it, "Fascislamism".

Exhortations to the Zombie Left
His exhortations are addressed to the zombie left he hopes to inspire with his prophecies.

Exhortation number one: stop talking about Israel and Palestine! Or, to be precise: "limit the obsessional reference to Israel". Meaning: Talk instead about Darfour, Chechnya but all this talk about the Palestinians is in reality a form of anti-Semitism.

Second exhortation: substitute laïcité (secularism, French style) for tolerance. Meaning: no tolerance for "Fascislamism" which he spots even in the relatively moderate positions of Tariq Ramadan, for instance, not to mention veiled women and Muslims who object to cartoons portraying the prophet Mohamed as a terrorist bomber.

Third exhortation: recognize Islamism as a form of fascism.
This programmed zombie is really all BHL has to offer either to the left or to the Jews.

And what can this possibly accomplish?
The silence of reviewers concerning the flagrantly judeocentric nature of BHL's book suggests that a certain intimidation is at work. But is making anything to do with Jews into a tabou-ridden religion really "good for the Jews"? BHL himself, in his mention of "victim competition", expresses doubts. And yet he persists.

It would obviously be better for the left, for Jews, for everyone, to overcome these religious inhibitions and look squarely at the reality of the world, including Israel, Iraq--invisible in BHL's book--Palestine, Iran and, yes, the United States and its uncontrolled military-industrial complex, which finds pretexts for the use of military force in the neoconservative hysteria over "Islamofascism". The prophetic approach fostered by Bernard-Henri Lévy is precisely an emotional irrationality not unlike anti-Semitism, various varieties of religious delirium and even "fascism". This is an ideological quarrel with no relation to any sensible notion of progressive politics.

Endnote
Jean-Pierre Chevènement resigned as Defense Minister in 1991 in protest against President Mitterrand's decision to take France into the first U.S. war against Iraq; he ran as an independent candidate for President in 2002 and supported Ségolène Royal's candidacy in 2007, serving as an advisor. Born in Jerusalem, Rony Brauman was president of Médecins sans frontières from 1982 to 1994; he has become a sharp critic of Israel and of the Kouchner-BHL line on "humanitarian intervention" by military means. Philosopher Alain Badiou and writer Régis Debray are among the numerous other French intellectuals attacked by BHL for their views on international affairs.

Diana Johnstone is the author of Fools' Crusade: Yugoslavia, NATO and Western Delusions, Monthly Review Press. She can be reached at [email protected]


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