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Paris, Gare du Nord: fotoreporterii profesionisti, concurati de amatori (articol din Le Monde)


Bogdan Ghiu

Vineri, 06/04/2007 - 19:52
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Les photoreporters de plus en plus confrontés aux images d'amateurs
LE MONDE | 06.04.07

Mardi 27 mars, les événements à la gare du Nord ne sont pas encore terminés que, déjà, les premières photos et vidéos circulent sur Internet. Une fois encore, les témoins des scènes d'affrontement n'ont pas hésité à "shooter" avec leur téléphone portable. Et ces images se sont très vite retrouvées sur des sites comme Dailymotion, Youtube ou Flicker.

Le phénomène de l'image d'amateur n'est pas nouveau. L'exemple le plus célèbre date du 22 novembre 1963, jour où un tailleur de Dallas (Texas), Abraham Zapruder, filma l'assassinat du président Kennedy. Mais ce qui était alors du domaine de l'exception s'est banalisé. Désormais chaque événement ou catastrophe, du tsunami à l'attentat de Londres en juillet 2005 en passant par les manifestations anti-CPE en France, livre son flux, de plus en plus fourni, de documents d'amateurs, image ou petits films vidéo.

"La photo d'amateur a toujours existé. Cela ne pose pas de problème en tant que tel. Ce qui en pose c'est la naissance de distributeurs qui vendent de grandes quantités d'images à bas prix", a souligné Jorge Alvarez, photographe et secrétaire général de l'UPC, lors d'une conférence organisée jeudi 5 avril par l'Observatoire de l'Image sur le thème "Faut-il avoir peur des images d'amateurs ?". Certains entrepreneurs ont en effet flairé l'aubaine et choisi de jouer les intermédiaires entre les photographes amateurs et les éditeurs de presse.

Surfant sur le développement de la photo numérique et d'Internet, qui facilite l'envoi, le stockage et la consultation des images en ligne, ces distributeurs bousculent les circuits traditionnels. C'est le cas par exemple de Fotolia, qui s'est spécialisé dans la photo d'illustration. "Près de 50 000 photographes dans le monde contribuent à notre banque d'images et nous recevons 20 000 clichés par jour. Nous les commercialisons à un prix compris entre 1 et 10 euros et nous reversons à l'auteur la moitié de la somme", précise Thibaud Elzière, directeur général de Fotolia. Une équipe réduite d'une dizaine de personnes trie semi-automatiquement les photos pour éviter tout problème juridique de droit à l'image ou de propriété intellectuelle. Le photographe qui signe un contrat de cession de ses droits d'exploitation indexe lui-même ses images.

Une autre plate-forme française, Scooplive, s'est, quant à elle, intéressée aux apprentis paparazzi avant d'étendre son champ d'action aux clichés d'actualité. Elle a vendu à France Soir une image d'amateur des événements de la gare du Nord. "Notre plus grosse vente a atteint 10 000 euros", affirme Philippe Checinski, cofondateur de Scooplive qui reverse, selon lui, 75 % du prix de vente au contributeur. Scooplive marche sur les traces d'un des sites pionniers en la matière, la société écossaise Scoopt créée en juillet 2005 et qui vient d'être rachetée par l'américain Getty Images.

"La photo a un euro, c'est l'horreur. Il y a un vrai risque pour le modèle économique des agences photos déjà très fragiles avec l'arrivée de ces nouveaux concurrents", réagit Béatrice Garrette, directrice générale de Sipa Press. Et d'ajouter : "Nous faisons un travail de journaliste, même lorsque nous faisons de la "récup" de documents d'amateurs nous donnons du sens à cette matière première. La pression sur les prix pourrait entraîner un appauvrissement dans la chaîne de valeur de création de l'information." D'autant que la vente de photos d'amateurs n'est qu'un épiphénomène. La grande majorité des clichés sont mis à disposition gratuitement sur Internet. "Les passionnés cherchent d'abord une reconnaissance", souligne Pascal Guénée, directeur de l'Institut Pratique de journalisme (IPJ). Du coup, un nouveau modèle juridique a vu le jour avec l'abandon des droits d'auteur du photographe au profit de la communauté.

Comment réagissent les médias ou les éditeurs ? "On n'a pas encore fait appel à des agences de photos d'amateurs en ligne. Mais comment pourrait-on s'en priver ? Nous avons un respect pour les agences professionnelles, mais nous sommes soumis à une très forte concurrence dans la presse quotidienne. Il peut être intéressant d'avoir une source complémentaire pour bénéficier de photos différentes", affirme Debora Altman, rédactrice en chef photo au Figaro. Et de regretter, faute de ne l'avoir pas vu assez tôt, d'être passée à côté du travail d'un photographe amateur, Hugues Leglise-Bataille, qui a mis en ligne sur Flicker des photos de la gare du Nord.

Mme Altman récuse, toutefois, l'idée de faire appel directement aux images des amateurs. Une pratique lancée en Grande-Bretagne par plusieurs médias et qui suscite la controverse. De même, l'idée du site américain Spy Media de passer directement commande de photos à des paparazzi amateurs ravive la crainte des professionnels de l'image.

Laurence Girard
Article paru dans l'édition du 07.04.07


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