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Cum s-a impus creştinismul (se va repezi cineva s-o traducă?)


Bogdan Ghiu

Sâmbătă, 10/03/2007 - 21:18
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Paul Veyne : Constantin, l'inventeur de la chrétienté
LE MONDE DES LIVRES, 8 martie 2007

Comment et pourquoi l'Empire romain païen est-il devenu chrétien ? A cette question complexe, Paul Veyne apporte une réponse simple et qui surprendra : parce que tel a été le bon plaisir de Constantin ! Un caprice en somme, mais le caprice d'un puissant a d'autres conséquences que celui d'un homme ordinaire. Et un caprice dicté par la piété : depuis la bataille du pont Milvius, le 28 octobre 312, Constantin est persuadé que le Dieu unique lui a accordé la victoire. Il s'est fait chrétien, profondément et sincèrement. Et il ne doute pas de la supériorité de cette vérité sur le paganisme majoritaire. Nul calcul politique, nulle idéologie ne l'habitent : après tout, 90 % des habitants de l'empire sont alors païens, et il faut avoir une foi à toute épreuve pour aller ainsi à contre-courant, même pour un empereur.

Mais Constantin, estime Paul Veyne, est un révolutionnaire, un vrai.
La thèse suscitera des réactions, mais, comme chaque livre de Paul Veyne, celui-ci a le mérite de revenir à la source, de nous remettre sous les yeux l'évidence des faits et de démasquer les faux-semblants. Bien loin de penser que le christianisme s'inscrit dans une évolution logique de la pensée religieuse, ou, pire, correspond à une attente inéluctable de la société, Veyne insiste au contraire sur son absolue nouveauté. Religion d'amour où la morale prime le rite, le christianisme invite le fidèle à se demander si Dieu est content de lui, alors que les païens mesuraient les honneurs rendus à leurs dieux au prorata de la satisfaction qu'ils leur accordaient : n'avait-on pas vu des fidèles mécontents renverser des statues ou lapider des temples, comme, aujourd'hui, l'on manifeste devant un ministère ou une ambassade étrangère ? Tandis que les cultes dits orientaux (on dira plutôt les cultes du salut) ne sont que de banals cultes païens teintés d'un peu d'Orient, le christianisme instaure une coupure radicale. Inutile, donc, d'invoquer un "état de la société" propice à cette évolution. Cette conception religieuse nouvelle a tout à coup la chance, après trois siècles d'indifférence ou de méfiance (car la persécution est restée rare), de bénéficier du coup de pouce qui change tout : le soutien officiel de l'homme le plus puissant de l'empire !

BASCULEMENT DU MONDE
Car, sans la volonté de Constantin, la christianisation aurait bien pu ne pas avoir lieu. Le choix personnel de Constantin provoque un basculement du monde : alors qu'en 312 le christianisme est toléré, en 324 c'est le paganisme qui se trouve dans cette position incertaine. Pourtant le prince ne contraint personne et refuse les conversions forcées... Basculement de l'empire, mais aussi basculement de l'Eglise, qui s'est fondée et développée en dehors du pouvoir impérial, et dont la solidité contribue au succès de l'entreprise constantinienne. Mais l'Eglise pose problème à l'empereur, car comment celui-ci peut-il tolérer un rival ? Dès 313, le ton fut donné, lorsque l'empereur intervint personnellement dans une crise interne à l'Eglise, la crise donatiste. Il se posait d'emblée comme un interlocuteur d'égal à égal avec les évêques, ses "frères", et s'offrait comme le bras exécutif de leurs décisions.

Ce changement révolutionnaire opéré dès 312, il n'en reste pas moins que le siècle entier reste incertain. Ce que le caprice d'un prince avait voulu, le caprice d'un autre pouvait le défaire : Julien l'Apostat (361-363) l'a tenté, mais sa mort prématurée a ruiné l'entreprise. Et peut-être était-il trop tard, car, en un demi-siècle, le nombre des chrétiens, par conviction, par intérêt ou par lassitude, s'était considérablement accru. Lorsque le chef germain Arbogast, païen, tenta d'opposer l'usurpateur Eugène au très chrétien Théodose, on put croire un instant, en Occident, dans les années 392-393, revenu le beau temps du paganisme. Théodose ne pouvait faire moins que de riposter en interdisant toute pratique païenne. La défaite d'Eugène à la bataille de la Rivière Froide (6 septembre 394) mit un terme à cette ultime tentative de restauration. Désormais, le champ fut libre pour entreprendre la christianisation en profondeur de la société. Deux ou trois siècles plus tard, il n'est pas sûr que la tâche ait été achevée, et ce qui avait été acquis l'avait davantage été par le poids du conformisme que par une adhésion réfléchie.

Résumer les thèses de Veyne, c'est priver le lecteur d'un foisonnement, d'une liberté de ton inimitable. Car, au-delà du fil directeur qu'indique le titre du livre, Veyne aborde cent questions : l'essence du sentiment religieux, la nature de l'antisémitisme chrétien comparé à l'antijudaïsme païen (quand le païen reprochait au juif d'être autre, le chrétien le condamne pour n'être qu'à moitié son frère), les relations entre le pouvoir et l'avant-gardisme, et même, dans un chapitre lumineux, les illusoires racines chrétiennes de l'Europe. Toujours concret, méfiant à l'égard des idées générales qui sont encore plus souvent fausses que banales, l'historien de Rome nous bouscule, une fois de plus, et, une fois de plus, nous enchante.

QUAND NOTRE MONDE EST DEVENU CHRÉTIEN (312-394) de Paul Veyne. Albin Michel, 322 p., 18 €.

Maurice Sartre


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